Des parents s’inquiètent du bon déroulement des travaux scolaires à domicile, d’autant que ceux-ci tendraient à prendre du poids, jusqu’à l’excès. Il faut relancer le débat sur le statut du devoir, estiment certains.

 

 

Dois-je le mettre devant son cahier dés son retour à la maison ? Comment dois-je réagir si je ne comprends pas bien les travaux qui lui sont demandés par l’instituteur ? Est-ce normal qu’il passe des heures entières à faire ses devoirs ? Ces questions de parents angoissés ne manqueront pas de ressurgir à l’heure de cette rentrée scolaire. Après tout, quels pères et mères ne stressent même pas, même un chouïa, à l’idée que la scolarité de son enfant, qui se prolonge à la maison, se déroule mal ?

« Nous sommes régulièrement interpellés par des mamans et des papas à propos des devoirs, explique Bernard Hubien, secrétaire général de l’Union des fédérations d’associations de parents de l’enseignement catholique (Ufapec). En même temps, nous constatons que le travail à domicile n’a pas de statut et que les enseignants souffrent d’un gros déficit de formation pour les donner correctement. »

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Le sens premier du devoir à domicile, c’est de s’assurer que l’élève comprend ce que le professeur lui a enseigné à l’école, rappelle le représentant des parents.

« Or, nous constatons une dérive, embraye Michelle Christophe, thérapeute familiale et coordinatrice de l’Association Françoise Dolto. Des enseignants se servent des devoirs pour donner la matière qu’ils n’ont pas eu le temps de donner en classe. Cela débouche sur des travaux qui prennent trop d’ampleur. Et cela met un poids sur les épaules des parents, alors que ce n’est pas leur rôle de se substituer à l’école. Après tout, ce sont les professeurs qui doivent apprendre aux enfants comment s’y prendre avec leurs devoirs. »

Décret bafoué

Dans certains cas, les travaux à domicile tournent à la déraison, alors qu’un décret francophone de 2011 fixe le temps que peut durer un devoir dans l’enseignement fondamental. « Ce décret est un leurre », dénonce Michelle Christophe, dont Bernard Hubien partage le point de vue : « Il arrive de plus en plus fréquemment que les enfants aient à réaliser des travaux sur ordinateur et que des exposés de 6ème primaire mangent toute une partie du week-end familial. » Et dans le secondaire, même du premier degré, on assisterait à de véritables séances de marathon.

Ces tâches en viennent parfois à empiéter sur les activités extrascolaires des enfants, comme le jeu, les activités artistiques ou le sport, pourtant indispensables au développement physique, social et émotionnel. « Nous constatons même que, dans le secondaire, des ados abandonnent leurs activités en dehors de l’école car ils ont trop de devoirs, glisse Bernard Hubien pour qui le débat sur les rythmes scolaires doit être relancé. Nous espérons que le nouveau gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, préoccupé par l’excellence scolaire, mènera une réflexion sur le travail à domicile et son statut. »

Bonne rentrée quand même.

Julien Bosseler

 LE SOIR – 30.08.14DEVOIR
 

Dix conseils pour soutenir votre enfant à domicile

 

1 Laissez-le décompresser. Lorsque vous rentrez à la maison, vous vous accordez une pause, en lisant le journal, par exemple. « Il doit en aller de même avec l’enfant, qui a besoin de digérer toutes les informations qu’il a reçues à l’école, estime Michelle Christophe de l’Association Françoise Dolto. Pour souffler, rien de tel qu’une collation saine suivie d’une récréation pour se défouler et décompresser. »  Il n’en sera que mieux disposé pour attaquer ses devoirs.

2 Ne vous substituez pas à lui. La meilleure façon d’aider votre enfant à accomplir ses devoirs, c’est de renoncer à les faire à sa place. Ne lui donnez pas les bonnes réponses. Ne corrigez pas ses fautes. « Se substituer à son enfant, c’est aller à l’encontre du sens du devoir : servir de reflet de l’apprentissage, considère Bernard Hubien de l’Ufapec. Vous risquez d’empêcher le professeur de savoir si votre enfant a vraiment compris la matière. »

3 Lâchez prise. Vous culpabilisez et vous stressez car vous ne parvenez pas à suivre ses devoirs, faute de temps ou de connaissances des matières ? « Lâchez prise et ne vous focalisez pas sur les résultats scolaires, sauf en cas de problèmes, conseille Michelle Christophe. Vous ne pouvez pas faire le bonheur de votre enfant à sa place, ni l’école à la place des professeurs. »

4 Ne le forcez pas. Il n’a pas fini ses devoirs alors que l’heure du repas a sonné ? « Ne le contrainez pas à les terminer, recommande Bernard Hubien. Si les travaux à domicile prennent trop de temps, c’est qu’ils sont inappropriés. »

5 Encouragez-le. Il ne s’agit pas non plus de snober les devoirs de l’enfant. « Prêtez-lui la plus grande attention lorsqu’il vous parle de ses travaux et de ses acquis, insiste Michelle Christophe. Et encouragez-les à travailler positivement, pour apprendre et développer son intelligence. »

6 Fixez-lui un cadre. Il s’agit par ailleurs de s’assurer que l’enfant effectue bien ses devoirs et n’est pas en train de rêvasser devant ses cahiers. Il doit comprendre qu’il y a un temps pour le travail à domicile et un autre pour se délasser.

7 Aménagez-lui un espace. « Il est indispensable que l’enfant dispose d’un endroit calme pour se concentrer et pour s’approprier les savoirs qu’il a reçus en classe », souligne Bernard Hubien.

8 Respectez son intimité. « Si les parents se montrent trop intrusifs dans le lieu d’étude de l’enfant, ils risquent de le décourager », prévient Michelle Christophe.

9 Observez son comportement.  Votre enfant traîne la patte, dort beaucoup, mange peu ? C’est peut-être le signe d’un burn-out scolaire. Celui-ci trouve potentiellement son origine dans des devoirs trop lourds.

10 Parlez avec son prof. Si vous estimez que les devoirs de votre enfant prennent trop de temps et de place, au détriment des autres facettes de sa vie, n’hésitez pas à entamer un dialogue constructif avec son professeur.

J.Bo.

Source : LeSoir Lundi 1er septembre 2014

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