Articles Pedagogiques

Introduction

 

Le jeu d’échecs bientôt enseigné à l’école ?≪ Considérant que le jeu d’échecs est un sport accessible aux enfants de toutes les catégories sociales et que ce jeu contribue non seulement au développement intellectuel des enfants, à la lutte contre l’échec scolaire et à l’amélioration des résultats en mathématiques, en français, en science et en langue mais aussi à la cohésion sociale et a la réalisation d’objectifs de politique générale, tels que l’intégration sociale, la lutte contre la discrimination, la réduction du taux de criminalité et même la lutte contre différentes formes d’addiction…
L’utilisation du jeu d’échecs dans les écoles serait tout bonus pour nos élèvesConsidérant que, indépendamment de l’âge de l’enfant, il peut améliorer sa concentration, sa patience et sa persévérance ; qu’il développe son sens de la créativité, de l’intuition, sa mémoire, sa capacité d’analyse et ses compétences décisionnelles ; que le jeu d’échecs permet également d’apprendre la détermination, la motivation et l’esprit sportif », le Parlement européen plaide pour son introduction dans le cursus scolaire des écoles. Une déclaration écrite qui va dans ce sens a été adoptée le 15 mars 2012 et a été soutenue par plus de 400 députés de toute tendance politique. Toutes les études sur le sujet aboutissent à la même conclusion : le jeu d’échecs est un formidable outil… pour lutter contre l’échec scolaire! Comment cela? On sait que nos jeunes ont bien souvent des problèmes de concentration… et que rester assis à une table pendant des heures exige un véritable effort. Le fameux plateau à damier leur permet de développer cette rigueur tout en apprenant la patience et le goût de l’effort. Ce n’est pas tout! L’intérêt du jeu d’échecs est aussi de stimuler, chez les jeunes, le sens de la réflexion et de la stratégie. Tout bonus pour l’apprentissage des mathématiques mais également des autres matières scolaires telles que le français, les sciences et les langues. Que ce soit chez les plus petits ou les plus grands, la discipline leur enseigne le respect des règles, la maitrise de soi et améliore leur mémorisation et leur logique… Toutes ces compétences sont des facteurs de réussite.
Pourquoi jouer aux échecs à l’école?

Un peu d’histoire…

Les fonctions pédagogique, éducative et formative du jeu d’échecs sont anciennes. La société médiévale utilisait déjà le jeu comme outil de formation. Au cours de l’histoire des siècles suivants, le jeu d’échecs est cependant devenu ce qu’il est aujourd’hui, à savoir, avant tout, un sport de compétition, avec l’organisation de tournois individuels, inter équipes et inter nations. Les arguments pédagogiques restent cependant les mêmes et la diffusion du jeu d’échecs en milieu scolaire doit redevenir un objectif à atteindre pour toutes les qualités qu’il contient et que nous allons expliciter ci-dessous. Personne ne mettra en doute que le jeu d’échecs soit un jeu qui dépasse le caractère ludique, tant il réclame des capacités intellectuelles, morales et même physiques, que ce soit chez l’adulte, l’enfant ou l’adolescent. Un préjuge tenace considérerait le jeu comme un ensemble de recettes qui relèverait de la simple mémorisation, du calcul de quelques combinaisons (un ensemble de coups plus ou moins forces) et, des lors, d’un automatisme relativement primaire. De telles considérations sont infantiles quand on sait que des le dixième coup d’une partie le nombre de variantes possibles est de 1030. L’univers échiquéen dépasse en réalité l’entendement humain puisqu’on considère le nombre de configurations possibles à 1070.. Ce n’est plus donc la simple mémoire qui est en jeu mais tout l’éventail des processus de pensée et de l’intelligence, aussi bien logique que créatrice.

Les bases de la valeur formative et éducative du jeu d’échecs.Le jeu d’échecs, de par ses règles, est extrêmement structure et participe des lors a la structuration de l’esprit. A l’intérieur de cette structure, et dans le respect des règles, une série de problèmes se posent au joueur. Il devra les résoudre selon certains modes de pensée. Le but du jeu est bien sur de gagner la partie alors qu’au départ il est confronte a une position rigoureusement égale. Un résultat de nullité serait donc le plus normal. Pour tenter de rompre cet équilibre, le joueur va mettre en œuvre trois types de fonctions mentales :

des fonctions de mémorisation sur des connaissances théoriques (des variantes d’ouverture et des modèles techniques) ;

des fonctions d’élaboration portant sur des jugements psychologiques, des jugements positionnels et des calculs de variantes ;

des fonctions de décision, décisions à prendre a travers tout ce qui a été élabore au cours de la réflexion ;

La rencontre entre deux joueurs permet aussi une interaction avec la logique et l’intelligence de l’autre. En effet, un joueur ne raisonne pas indépendamment de l’autre, mais en fonction des réponses de l’autre a ses propres coups, un joueur devra faire preuve d’élaboration nouvelle constante et d’imagination créatrice.

Les aspects de la valeur formatrice et éducative du jeu d’échecs.

Sur le plan intellectuel, l’exercice du jeu d’échecs réclame et développe plusieurs qualités élémentaires :

  • L’attention. Le joueur perçoit l’échiquier à la fois analytiquement et globalement. Il doit faire attention a une foule de détails mais aussi ne jamais perdre de vue la globalité de l’échiquier. Dans cette dernière perception, il doit rester sensible au contenu dynamique de la position des pièces sur l’échiquier.
  • La mémoire. Il y a d’une part un travail de mémorisation antérieure a la partie, via le travail d’étude des ouvertures, de la stratégie a adopté dans telle ou telle position et via les motifs tactiques. Mais, durant la partie, un autre travail de mémorisation se fait, à plus court terme. En effet, la mémoire doit aussi prendre le relais de l’attention. Le joueur doit retenir les thèmes de la partie qu’il joue, les calculs qu’il a faits, les dangers et les ressources de sa position afin de ne pas recommencer ce travail constamment.
  • L’activité élaboratrice. L’attention et la mémoire ne suffisent pas, on l’a vu, a cause des milliards de possibilités. A partir d’un certain stade de la partie, le joueur va utiliser et développer sa faculté d’imagination, d’idéation et de création. Le joueur, au cours de sa partie, va aussi mettre en branle un processus méthodologique de la pense. Il ne peut en effet se passer de méthode d’organisation de la pensée. Il doit :
  • Analyser et investiguer la position pour énoncer le problème qui se pose a lui.
  • Calculer les variantes qu’il a imaginées ou se les rappeler s’il a déjà vu cette position précédemment.
  • Élaborer une conception générale de la position afin d’élaborer une stratégie pour la suite de la partie.
  • Poser un regard objectif sur la position et confronter le développement de celle-ci avec son jugement antérieur.
  • Trier les idées qui lui viennent afin de ne pas s’y emberlificoter.
  • Prendre des décisions, régulièrement.

Un troisième angle concerne le souci esthétique. S’il existe beaucoup de métaphores guerrières sur le jeu d’échecs, on parle aussi souvent de l’art échiquéen. Quand le joueur acquiert une meilleure connaissance du jeu, l’enchainement harmonieux des thèmes stratégiques et tactiques suscite un réel sens du beau, de telle sorte que beaucoup de joueurs non seulement luttent pour la victoire mais en même temps recherchent des combinaisons esthétiques pour arriver à ce but.

Mais le jeu d’échecs ne recèle pas que des qualités intellectuelles. Il renforce aussi le caractère. Le jeu contribue au développement de :

  •  La volonté de vaincre
  •  La sérénité et la distanciation : un joueur ne doit pas se laisser emporter par la volonté de vaincre, il doit garder au-delà de ce souhait final une certaine clarté, une objectivité.
  •  La concentration : elle est indispensable pour rassembler ses capacités intellectuelles et ne pas se laisser distraire.
  •  Le contrôle de soi : ne pas paniquer si l’adversaire exécute une manœuvre qu’on n’avait pas prévue; gérer son temps de réflexion, également.
  •  L’esprit de décision : on l’a déjà signale mais cela vaut la peine de la répéter ici car c’est une qualité fondamentale du joueur d’échecs : il est sans cesse amène à prendre une décision et rares sont les possibilités ou, regrettant la décision prise, il puisse revenir en arrière. Le jeu d’échecs place tout le monde à égalité, l’échiquier et les forces en présence étant rigoureusement les mêmes pour tous. Le jeu a donc également une fonction sociale importante car il ne tient pas compte des origines de chacun. A cet égard, on parle souvent de la langue universelle des Échecs. Et la devise de la Fédération Internationale Des Échecs est ≪ gens Una sumos ≫, ≪ nous sommes un seul Peuple ≫.
En guise de conclusion« Les échecs sont utiles à l’exercice de la faculté de penser et à celle de l’imagination. Car nous devons posséder une méthode élaborée pour atteindre des buts partout où nous devons conduire notre raison. » Leibnitz

Influer sur le comportement de l’élève.

Il est aise de déduire que le jeu d’échecs contribue au développement des aptitudes de l’enfant face à une tache scolaire. Celle-ci lui paraitra des lors plus accessible. Sa motivation et ses résultats en seront les premiers bénéficiaires.

Contribuer à certains apprentissages scolaires.

Le jeu d’échecs peut être un support dans plusieurs cours, tantôt direct comme en géométrie ou en vocabulaire, tantôt indirect comme dans le développement du langage, les mathématiques ou l’histoire.

Aider à la dynamique de l’établissement.

Le jeu d’échecs est un outil supplémentaire à la disposition du projet de l’école. Il appuie ses rôles éducatifs. Verse tantôt dans l’art tantôt dans le sport, tantôt dans les sciences, le noble jeu, le roi des jeux et le jeu des rois renforcera la qualité du projet pédagogique de l’établissement. Il pourra aussi soutenir les projets extrascolaires de l’école durant les garderies et les recréations mais aussi lors des fancy-fairs, marches de Noël, activités inter écoles ou autres événements.

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Document réalisé en collaboration entre :
La commune d’Estinnes :
Bourgmestre, Madame Aurore TOURNEUR
Agent traitant : Monsieur Frédéric BIELIK
Chaussée Brunehault, 232 – 7120 Estinnes
frederic.bielik@estinnes.be – 0496 234 642
La Fédération Échiquéenne Francophone de Belgique :
Président : Monsieur Raymond VAN MELSEN
Administratrice : Madame Aurore GILLET
Administrateur : Monsieur Frédéric BELVA
Rue de Lodelinsart, 53 – 6040 Jumet
aurore.gillet@gmail.com – 0477 574 702

 

Des parents s’inquiètent du bon déroulement des travaux scolaires à domicile, d’autant que ceux-ci tendraient à prendre du poids, jusqu’à l’excès. Il faut relancer le débat sur le statut du devoir, estiment certains.

Dois-je le mettre devant son cahier dés son retour à la maison ? Comment dois-je réagir si je ne comprends pas bien les travaux qui lui sont demandés par l’instituteur ? Est-ce normal qu’il passe des heures entières à faire ses devoirs ? Ces questions de parents angoissés ne manqueront pas de ressurgir à l’heure de cette rentrée scolaire. Après tout, quels pères et mères ne stressent même pas, même un chouïa, à l’idée que la scolarité de son enfant, qui se prolonge à la maison, se déroule mal ?

« Nous sommes régulièrement interpellés par des mamans et des papas à propos des devoirs, explique Bernard Hubien, secrétaire général de l’Union des fédérations d’associations de parents de l’enseignement catholique (Ufapec). En même temps, nous constatons que le travail à domicile n’a pas de statut et que les enseignants souffrent d’un gros déficit de formation pour les donner correctement. »

Le sens premier du devoir à domicile, c’est de s’assurer que l’élève comprend ce que le professeur lui a enseigné à l’école, rappelle le représentant des parents.

« Or, nous constatons une dérive, embraye Michelle Christophe, thérapeute familiale et coordinatrice de l’Association Françoise Dolto. Des enseignants se servent des devoirs pour donner la matière qu’ils n’ont pas eu le temps de donner en classe. Cela débouche sur des travaux qui prennent trop d’ampleur. Et cela met un poids sur les épaules des parents, alors que ce n’est pas leur rôle de se substituer à l’école. Après tout, ce sont les professeurs qui doivent apprendre aux enfants comment s’y prendre avec leurs devoirs. »

Décret bafoué

Dans certains cas, les travaux à domicile tournent à la déraison, alors qu’un décret francophone de 2011 fixe le temps que peut durer un devoir dans l’enseignement fondamental. « Ce décret est un leurre », dénonce Michelle Christophe, dont Bernard Hubien partage le point de vue : « Il arrive de plus en plus fréquemment que les enfants aient à réaliser des travaux sur ordinateur et que des exposés de 6ème primaire mangent toute une partie du week-end familial. » Et dans le secondaire, même du premier degré, on assisterait à de véritables séances de marathon.

Ces tâches en viennent parfois à empiéter sur les activités extrascolaires des enfants, comme le jeu, les activités artistiques ou le sport, pourtant indispensables au développement physique, social et émotionnel. « Nous constatons même que, dans le secondaire, des ados abandonnent leurs activités en dehors de l’école car ils ont trop de devoirs, glisse Bernard Hubien pour qui le débat sur les rythmes scolaires doit être relancé. Nous espérons que le nouveau gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, préoccupé par l’excellence scolaire, mènera une réflexion sur le travail à domicile et son statut. »

Bonne rentrée quand même.

Julien Bosseler

 LE SOIR – 30.08.14DEVOIR
Dix conseils pour soutenir votre enfant à domicile
 

1 Laissez-le décompresser. Lorsque vous rentrez à la maison, vous vous accordez une pause, en lisant le journal, par exemple. « Il doit en aller de même avec l’enfant, qui a besoin de digérer toutes les informations qu’il a reçues à l’école, estime Michelle Christophe de l’Association Françoise Dolto. Pour souffler, rien de tel qu’une collation saine suivie d’une récréation pour se défouler et décompresser. »  Il n’en sera que mieux disposé pour attaquer ses devoirs.

2 Ne vous substituez pas à lui. La meilleure façon d’aider votre enfant à accomplir ses devoirs, c’est de renoncer à les faire à sa place. Ne lui donnez pas les bonnes réponses. Ne corrigez pas ses fautes. « Se substituer à son enfant, c’est aller à l’encontre du sens du devoir : servir de reflet de l’apprentissage, considère Bernard Hubien de l’Ufapec. Vous risquez d’empêcher le professeur de savoir si votre enfant a vraiment compris la matière. »

3 Lâchez prise. Vous culpabilisez et vous stressez car vous ne parvenez pas à suivre ses devoirs, faute de temps ou de connaissances des matières ? « Lâchez prise et ne vous focalisez pas sur les résultats scolaires, sauf en cas de problèmes, conseille Michelle Christophe. Vous ne pouvez pas faire le bonheur de votre enfant à sa place, ni l’école à la place des professeurs. »

4 Ne le forcez pas. Il n’a pas fini ses devoirs alors que l’heure du repas a sonné ? « Ne le contrainez pas à les terminer, recommande Bernard Hubien. Si les travaux à domicile prennent trop de temps, c’est qu’ils sont inappropriés. »

5 Encouragez-le. Il ne s’agit pas non plus de snober les devoirs de l’enfant. « Prêtez-lui la plus grande attention lorsqu’il vous parle de ses travaux et de ses acquis, insiste Michelle Christophe. Et encouragez-les à travailler positivement, pour apprendre et développer son intelligence. »

6 Fixez-lui un cadre. Il s’agit par ailleurs de s’assurer que l’enfant effectue bien ses devoirs et n’est pas en train de rêvasser devant ses cahiers. Il doit comprendre qu’il y a un temps pour le travail à domicile et un autre pour se délasser.

7 Aménagez-lui un espace. « Il est indispensable que l’enfant dispose d’un endroit calme pour se concentrer et pour s’approprier les savoirs qu’il a reçus en classe », souligne Bernard Hubien.

8 Respectez son intimité. « Si les parents se montrent trop intrusifs dans le lieu d’étude de l’enfant, ils risquent de le décourager », prévient Michelle Christophe.

9 Observez son comportement.  Votre enfant traîne la patte, dort beaucoup, mange peu ? C’est peut-être le signe d’un burn-out scolaire. Celui-ci trouve potentiellement son origine dans des devoirs trop lourds.

10 Parlez avec son prof. Si vous estimez que les devoirs de votre enfant prennent trop de temps et de place, au détriment des autres facettes de sa vie, n’hésitez pas à entamer un dialogue constructif avec son professeur.

J.Bo.

Source : LeSoir Lundi 1er septembre 2014

 

 

 

Pédagogie : le devoir de résister.

 

 

Les fondamentaux de la pédagogie

Car, la pédagogie, si l’on sait regarder de prés ses discours et ses pratiques, livre la clé de notre véritable problème. Elle donne, en effet, à entendre systématiquement deux affirmations aussi essentielles l’une que l’autre et, pourtant, bien difficiles à concilier : d’une part, tout le monde peut apprendre et accéder à la liberté et, d’autre part, nul ne peut contraindre quiconque à apprendre et à mettre en œuvre sa liberté… Et ce qui fait l’originalité de la démarche pédagogique, c’est qu’elle traite ces deux affirmations en même temps. Les séparer, c’est sortir de la pédagogie.

On peut, en effet, opposer ces deux affirmations et s’arc-bouter sur l’une d’elles en écartant l’autre. Cela donnera dans un cas : « Tous les élèves peuvent apprendre et tous les moyens sont bons pour y parvenir… cherchons donc les solutions les plus efficaces indépendamment de tout critère éthique ou pédagogique ! » Ou, symétriquement : « Nul ne peut forcer un élève à apprendre et tant pus pour ceux qui n’y arrivent pas ou ne veulent pas… Après tout, on ne peut pas travailler à la place de quelqu’un ! ». On peut aussi osciller d’une position à l’autre : du volontarisme – volontiers assorti d’une répression brutale des réfractaires – au fatalisme – justifié par le fait qu’on ne peut pas décider de « son bien » à la place d’autrui. La pédagogie, elle, assume la tension : elle est convaincue de la nécessité de l’engagement de chacun dans ses apprentissages, mais s’obstine, néanmoins, sans jamais baisser les bras, à aider chacun à réussir. Elle est déterminée sur l’éducabilité de tous, mais refuse d’employer n’importe quel moyen pour y parvenir.

C’est pourquoi, peut-être, la pédagogie a-t-elle du mal à se faire entendre dans les débats polémiques comme celui-récemment réactivé avec brutalité par un ministre de l’Éducation nationale – de l’apprentissage de la lecture. On y oppose, on le sait, des « méthodes » qui prétendent chacune à plus d’efficacité… Et, en particulier, on avance que la méthode syllabique ou « à départ syllabique » obtiendrait de bien meilleurs résultats que la méthode globale ou « à départ global ». Certes, le débat dans ce registre peut être intéressant, dés lors qu’on ne caricature pas ces méthodes et qu’on s’astreint à une observation fine des manières avec lesquelles elles sont pratiquées. On s’aperçoit, alors, que les clivages sont moins manichéens qu’on veut nous le faire croire et qu’il faut combiner le déchiffrage et la mémorisation orthographique avec un travail sur la compréhension des phrases et des textes et, aussi, une production d’écrits dés le début de l’apprentissage (R. Goigoux et S. Cèbe, 2006)…

Mais, en réalité, il y a une dimension de ce débat qui est largement occultée, et c’est, précisément, la dimension proprement pédagogique. En effet, tant que la discussion en reste aux questions strictement didactiques (à la « mécanique » de l’apprentissage), le seul critère vraiment important, c’est l’efficacité technique. À ce titre, rien n’empêcherait, par exemple, de promouvoir une méthode qui, en mettant les élèves sous électrodes ou en utilisant l’hypnose, permettrait de leur apprendre à lire » en une semaine ! C’est d’ailleurs bien ce que certains laissent entendre, au plus haut niveau, en affirmant que les neurosciences permettront de régler définitivement tous les problèmes d’apprentissage… Mais les pédagogues ne l’entendent pas de cette oreille : ils refusent de séparer l’efficacité technique des apprentissages et leur pouvoir émancipateur. C’est pourquoi, avec l’obstination et souvent dans l’incompréhension générale, ils posent le problème de la valeur. À efficacité technique égale, certaines méthodes ont plus de valeur que d’autres, disent-ils, parce qu’elles contribuent à émanciper la personne. Et même : certaines méthodes dont l’efficacité technique est attestée peuvent s’avérer extrêmement dangereuses, car elles relèvent plus du dressage ou du conditionnement que de l’éducation.

Dés lors que la pédagogie affirme, à la fois, que tout sujet peut apprendre, mais qu’il doit pouvoir le faire librement, elle exclut, en même temps, le volontarisme mécaniste et le spontanéisme libertaire. Elle dépasse ce qui pourrait apparaître comme une contradiction en inventant des « dispositifs pédagogiques » : des dispositifs élaborés à partir d’objectifs assumés par l’adulte ; des dispositifs organisés de telle manière qu’ils favorisent la mobilisation personnelle des élèves ; des dispositifs structurés afin de comporter les contraintes et les ressources nécessaires à l’apprentissage ; des dispositifs pensés de manière à ce que ceux et celles qui s’y impliquent puissent en comprendre les enjeux et s’en détacher quand ils les ont utilisés.

 

À partir de là, et en référence à l’histoire des doctrines pédagogiques et aux tensions qu’elle révèle, la pédagogie se reconnaît à la capacité de prendre en compte un ensemble d’affirmations relativement simples, mais qui – et c’est cela l’intérêt – rejettent tout simplisme :

  • L’apprentissage ne se décrète pas… et rien ne permet de l’imposer à quiconque. Tout apprentissage s’effectue, pour chacun, à sa propre initiative et requiert de sa part un engagement personnel : c’est le principe de liberté.
  • Tout le monde peut apprendre et nul ne peut jamais décider, pour une personne donnée, qu’un apprentissage est définitivement impossible : c’est le principe d’éducabilité.
  • Ces deux principes, tenus ensemble, structurent la pédagogie : s’en tenir au premier, c’est basculer dans le fatalisme, s’en tenir au second, c’est basculer des le dressage. Tenir les deux ensemble, c’est inventer sans cesse des situations qui permettent à celui qui apprend d’engager sa liberté. Tenir les deux ensemble, c’est s’obstiner à proposer des médiations, au nom de l’éducabilité de tous, et chercher à susciter l’engagement personnel, au nom du respect de la liberté de chacun.
  • Chacun apprend avec une stratégie qui lui est propre mais qui n’est pas, pour autant, figée ; il peut la modifier et l’enrichir en fonction de ses expériences.
  • Les recherches en psychologie de l’apprentissage et en didactique peuvent permettre, par l’observation des conditions optimales de l’apprentissage, d’aider à l’invention de dispositifs pédagogiques. Mais ces dispositifs ne sont nullement déductibles mécaniquement de ce que les sciences permettent d’observer ; ils requièrent un travail de création spécifique. Ils sont utiles pour pailler l’aléatoire des situations personnelles et sociales d’apprentissage, ils ne peuvent jamais se substituer à la détermination du sujet qui apprend.

 

  • Dans l’apprentissage, il est impossible de séparer la méthode et le contenu : il n’existe pas de méthode qui fonctionnerait à vide, pas plus qu’il n’existe de contenu qui puisse être appréhendé sans méthode. Pour reprendre une opposition communément admise, il n’est pas d’instruction sans éducation, puisque la manière d’instruire est toujours porteuse d’un projet éducatif, fût-ce à son insu, et que toute éducation est une transmission de savoirs et de valeurs indissolublement liés.
  • Dans l’apprentissage, il est impossible de séparer le cognitif et l’affectif : apprendre suppose un travail sur l’image de soi et toute acquisition de connaissance engage nécessairement un réaménagement de la personne. On peut faire le choix méthodologique de travailler sur la médiation cognitive – c’est même particulièrement conseillé quand on est enseignant -, on ne peut pas abolir par décret ce qu’on ne prend pas en compte par méthode.
  • Dans l’apprentissage, il est impossible de séparer l’individuel et le social : personne ne peut apprendre absolument seul et la manière d’apprendre révèle toujours une conception de la socialité, des rapports au savoir et au pouvoir. Il n’est aucune connaissance qui puisse être acquise en dehors d’une relation sociale et cette relation peut entretenir l’assujettissement ou, au contraire, permettre l’émancipation. Trois démarches doivent être privilégiées pour leur pouvoir émancipateur : la démarche expérimentale (qui permet de distinguer le savoir du croire, d’émettre et de vérifier des hypothèses), la démarche documentaire (qui permet de recouper des sources et de valider des informations), la démarche créative (qui permet de chercher ce qui fait sens pour soi et pour les autres en même temps). À travers ces trois démarches, l’élève acquiert, à la fois, des savoirs et un rapport au savoir ; il construit des connaissances et devient habité par l’exigence de précision, de justesse et de vérité.
  • Parce qu’apprendre c’est s’enrichir et progresser, c’est toujours dépasser le donné et subvertir un ordre social où chacun aurait une place définitivement attribuée. À cet égard, la pédagogie ne peut accepter aucune forme d’enfermement, qu’elle soit culturelle, sociale, génétique ; elle travaille, au contraire, pour que chacun et chacune puissent « se faire œuvre de lui-même » (J-H. Pestalozzi).
  • Apprendre, c’est construire l’humanité dans l’Homme, accéder à une culture qui relie l’intime à l’universel. L’universalité ne préexiste pas à ce mouvement et se construit dans le processus de transmission lui-même. Elle s’ébauche quand l’Homme refuse de soumettre l’Autre, mais décide de se soumettre, avec l’Autre, à un échange sans violence. Dans ce cadre, l’enseignement a pour objectif de relier les humains entre eux à travers les œuvres : œuvres du passé et du présent où ceux et celles qui arrivent peuvent découvrir leur humanité et trouver le courage de créer les œuvres de l’avenir.

Ainsi définie, la pédagogie ne constitue pas, à proprement parler, un corps doctrinal homogène. C’est bien plutôt une configuration théorique, un paradigme, dans lequel s’inscrivent des œuvres, des actions et des projets de natures différentes. Loin de verrouiller l’invention et de réduire au silence les acteurs, ces affirmations offrent une infinité de variations possibles, en fonction des contextes et des époques. Elles permettent ainsi de penser des phénomènes aussi différents que le traitement de « l’échec scolaire » ou la « crise de l’autorité ».

 

  Source : « Pédagogie : le devoir de résister » Philippe Meirieu ESF Editeur 2007
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