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Il était une fois un petit garçon de trois ans, qui s’était pris de passion pour une moissonneuse-batteuse miniature. Six mois plus tard, alors que la voiture de son père longe un champ, le garçonnet aperçoit l’engin grandeur nature. Ils s’arrêtent. Et la moissonneuse de venir vers l’enfant, fasciné. Son chauffeur propose au père et au fils de monter, les balade à son bord deux bonnes heures, leur expliquant des tas de choses, heureux d’être – pour la première fois depuis des jours qu’il est sur sa machine – remarqué et même admiré par cet enfant. La promenade s’interrompt, le père ayant des choses à faire. Le chauffeur prend son numéro de téléphone et, dès le lendemain, lui offre de promener son fils toute la journée sur sa moissonneuse.

Cette histoire, c’est André Stern qui la raconte, telle qu’il l’a vécue avec son fils Antonin. S’y trouve une bonne part du témoignage qu’inlassablement il veut transmettre : soyons ouverts aux enfants, à leurs curiosités, à leurs enthousiasmes et ils ouvriront les portes, car les portes s’ouvriront devant eux, ils créeront des liens tout en développant leur autonomie et leurs compétences.

André Stern n’a pas connu l’école, n’a jamais été en classe. Ses parents ne lui ont jamais rien « enseigné ». Mais il a appris au fil de ses passions, de ses rencontres, plus particulièrement la guitare et la lutherie, mais aussi la photo, la dinanderie ou l’égyptologie. Et non, il n’est pas, à 43 ans, un sauvage analphabète et asocial ! L’enfance sans école qu’il a vécue lui a d’ailleurs été si profitable qu’il propose la même chose à son fils. Et qu’il se promène un peu partout, de conférence en colloques et en ateliers, pour la raconter.

« L’enfant naît sans préjugés »

« Je suis une exception, alors que j’ai pourtant vécu la situation la plus naturelle qui soit. Mes parents sont partis de l’enfant que j’étais, en sachant que chacun vient au monde avec une ribambelle de dispositions spontanées, ils m’ont fait confiance. »

Ne pas aller tous les matins à l’école ne veut pas dire rester à la maison, bien au contraire, car pour André Stern le vase clos est préjudiciable : « Les adultes partagent leurs compétences avec les enfants, mais aussi leurs peurs. Moi par exemple, voir mon fils monter dans un arbre me fait peur. Il ne faut donc pas qu’il vive exclusivement avec moi, il faut qu’il rencontre d’autres personnes à qui cela ne fera pas peur du tout ! »

Si personne ne lui « fait la classe », comment apprendre alors ? En jouant ! « On a stigmatisé le jeu comme étant une occupation sans valeur. Or c’est la première chose que fait un enfant, même au milieu de la guerre. C’est quand même interpellant ! Puis vient la neurobiologie, qui nous dit qu’il n’y a rien de mieux que le jeu pour apprendre. Pour l’enfant, jouer et apprendre, c’est la même chose. Et puis tout à coup un adulte de référence vient lui dire qu’il doit arrêter de jouer pour apprendre… C’est comme demander de respirer sans prendre d’air ! »  Les parents d’André, puis lui-même et sa compagne n’ont pas préparé de programme d’apprentissage. Ils sont toujours curieux de voir quel sera le pas suivant, et plutôt que de l’induire eux-mêmes, ils font confiance à leur enfant.

Même si André Stern ne se positionne pas contre l’école, et ne propose d’ailleurs aucune recette (« Je n’ai pas de méthode à vendre, je veux juste informer de ce qui est possible, pour que les gens gagnent en liberté »), elle ne représente pas pour lui une ouverture au monde, un élargissement. « Alors que les enfants sont au départ sans préjugés, sans hiérarchie, qu’ils aiment être avec des gens de tous âges, on les réunit par catégories, on les compare… Il faut cesser de les noter ! Mettre ensemble des personnes différentes, qui ont des connaissances différentes. Les enfants, comme la nature, recherchent la différence, la diversité ! » Une diversité qui, plutôt qu’à la compétition et la comparaison, entraîne à la coopération, ce dont notre monde a en réalité besoin : « Aujourd’hui, en chimie, un chercheur seul ne peut plus rien trouver. La seule solution, c’est de composer une équipe, la plus diverse possible. Et cessons avec les hiérarchies : il y a un génie potentiel en chacun de nous, mais pour le trouver nous avons à nous libérer des hiérarchies et des classements. Mon fils est fasciné par les éboueurs pour l’instant. Il sera peut-être un génie éboueur, mais ce ne sera possible que sans ces hiérarchisations. »

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