article pedagogique 2

L’école démocratique de l’Orneau, située à Lonzée (Gembloux), n’a rien d’une école comme les autres. Il n’y a pas de classe selon l’âge des élèves : ils sont, le plus souvent, tous ensemble, de 3 à 18 ans. Il n’y a pas non plus de professeur qui monte sur l’estrade pour déverser son savoir. L’organisation de la journée n’est pas conventionnelle non plus : chaque matin, tous les membres de l’école se réunissent en « conseil » et discutent des activités de la journée. Chacun apporte sa contribution et évoque ses préférences pour le programme du jour. Le matin, chaque élève avance sur ses apprentissages, à son rythme. L’après-midi, place aux projets « multi-âge » : ce lundi après-midi, enfants et adolescents créent une chanson de A à Z avec un groupe de rap « bio » (du rap engagé avec un message écologiste positif).

L’école de l’Orneau, qui pratique la pédagogie active, n’est pas une école comme les autres. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que leur préparation du CEB soit également différente de l’enseignement traditionnel.

Prenons l’exemple de Louis, 11 ans, élève dans cet établissement, qui passera, en juin, son certificat d’études de base. Chaque matin, il travaille sur des matières en lien avec le CEB : la lecture, les mathématiques… « Le but, c’est vraiment d’accompagner l’enfant, de voir quelles ressources on peut trouver pour l’aider à avancer. Louis, par exemple, travaille pour le moment avec des fiches Freinet (du nom d’une pédagogie active qui mise sur l’expression libre de l’élève, NDLR) pour apprendre la lecture. Il peut alors s’auto-corriger. L’enfant choisit ce qui lui correspond le mieux », explique Romain Gauthier, accompagnant et cofondateur de l’école. Il demande à Louis : « Travailler chaque matin, c’est assez pour te sentir prêt pour le CEB ? » Réponse affirmative du côté du principal intéressé. Romain Gauthier ajoute : « La réussite du CEB n’est pas un objectif en soi. »

« On prépare les élèves pendant 10 ans ! »

Dans d’autres écoles à pédagogie active, le son de cloche est similaire. « Chez nous, on prépare les élèves pendant 10 ans ! On travaille en classe, simplement. Nous ne pratiquons pas le bachotage pour le CEB », lance Nicolas Maron, directeur de l’Ecole ouverte de Lasnes. Bachotage : le mot est lâché. Clairement, les révisions intensives en vue d’un examen n’ont pas leur place dans des écoles qui s’inspirent de Freinet, de Montessori ou encore de Decroly, qui mettent l’élève au centre des apprentissages.

Dans la petite école gembloutoise logée dans une ferme au milieu des champs, pas de bachotage non plus. Le cours classique laisse la place à ce qui se rapproche d’un « coaching personnel ». Romain Gauthier détaille : « Chaque élève est accompagné dans son développement. Nous fonctionnons beaucoup avec l’autoévaluation de l’enfant. Ce dernier est aussi accompagné par un référent, avec lequel il a des rendez-vous réguliers. L’idée, c’est que chaque enfant puisse avoir un parcours d’apprentissage à son rythme. »

Et les évaluations alors ? Dans la pédagogie active, elles sont principalement continues et formatives (sans cotations). « Le but, c’est toujours d’avoir un retour à l’enfant », observe le directeur de l’Ecole ouverte. Pour l’élève, se retrouver pour la première fois face à une épreuve externe certificative organisée par le ministère, cela peut être déstabilisant. À plus forte raison quand on n’est pas habitué à ce genre d’exercice…

Les écoles « actives » prennent donc leurs dispositions. «  On prend parfois une journée pour mettre les enfants en conditions de test », explique Romain Gauthier. « On ne fait jamais de séance spéciale d’entraînement au CEB, détaille Nicolas Maron. Mais en 4e, 5e et 6e primaires, on injecte de temps en temps une question du CEB si on la juge intéressante, pour habituer les élèves car les questions sont parfois tournées différemment. »

Il y a un langage spécifique au CEB, confirme Floriane, enseignante primaire à l’Ecole démocratique de l’Orneau. « Par exemple, le CEB va demander à l’élève de calculer la distance entre l’école et la piscine. L’élève a peut-être l’habitude d’utiliser le mot ‘trajet’. Il faut donc lui expliquer qu’il existe un terme plus précis. »

Vers « une épreuve constructive et adaptée » ?

Les membres des écoles à pédagogie active ne verraient pas d’un mauvais œil une évolution de l’épreuve externe. Dans l’idéal de l’école de Gembloux, l’enfant pourrait avoir la possibilité de passer son CEB un peu plus tôt ou un peu plus tard, selon ses aptitudes et son développement. « Les élèves pourraient le passer deux ans avant ou deux ans après, propose Romain Gauthier. Le CEB pourrait être davantage adapté aux différentes personnalités, pour que ce ne soit pas quelque chose de cassant, mais une épreuve constructive et adaptée. » À l’école Singelijn, à Woluwe-Saint-Lambert, le directeur attend de pied ferme l’arrivée du tronc commun jusqu’à 15 ans, projet du Pacte d’excellence qui devrait repousser la première épreuve externe certificative à l’âge de 15 ans.

 «On n’arrête pas de travailler en janvier pour préparer le CEB»

Dominique Paquot est le directeur de l’école de pédagogie active Singelijn à Woluwe-Saint-Lambert.

Comment préparez-vous le CEB ?

La majorité des écoles à pédagogie active sont contre le CEB, nous sommes un des seuls pays qui certifie les enfants de 11-12 ans, ce qui est assez angoissant pour eux. Nous, on essaye de travailler sur le long terme, on refuse de bachoter, d’entraîner les élèves à réussir l’épreuve. On en parle bien sûr, mais jamais avant début juin. Deux-trois jours avant l’épreuve, on montre quelques questions aux élèves pour les déstresser. On leur fait aussi comprendre qu’il n’y a pas que le CEB qui compte. Le CEB ne certifie que les mathématiques, l’éveil et le français. Pas le sens critique, l’esprit de groupe… Cela ne veut pas dire qu’on ne prend pas cela au sérieux. On ne fait pas de CEB blanc, on n’entraîne pas les élèves à l’épreuve. On privilégie le travail à long terme jusque début juin. On n’arrête pas de travailler en janvier pour préparer le CEB ! Et cela marche : on a de très bons résultats depuis 8 ans. Et même si on le rate, ce n’est pas une fin en soi. Il y a tellement de choses plus importantes.

Comment évaluez-vous vos élèves au cours de l’année ?

On fait des évaluations sans points, sans lettres. On évalue nos élèves sur une ou deux questions du CEB, pour que les enfants s’approprient le vocabulaire, la manière dont la question est posée. Mais c’est plutôt du pratico-pratique, pas du bachotage ! On ne veut pas faire des enfants des singes savants. Mais les parents font le travail : même dans nos écoles, ils vont télécharger les épreuves sur internet pour les faire passer à leurs enfants. Par rapport aux enseignants, cela revient à dire qu’ils ne leur font pas confiance. Et puis ça relance le problème du travail à la maison. Aux parents, je dirais : cuisinez avec vos enfants ou faites un jeu de société avec eux. Pas le CEB ! C’est devenu du n’importe quoi. Les enfants à qui on apprend d’une autre manière se stressent non pas à cause de l’école mais à cause des parents, qui sont eux-mêmes stressés par la société et les médias, qui publient les exercices chaque année. Du coup, les élèves posent 10.000 questions, disent que dans d’autres écoles, on prépare les élèves…

Vous n’êtes pas très favorable à l’épreuve…

J’espère qu’avec le tronc commun étendu jusqu’à 15 ans, on pourra supprimer le CEB en faveur d’une évaluation externe à 14-15 ans.

Ann-Charlotte Bersipont

Source : LeSoir.be

 

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