aider l'enfantOn a parfois l’impression qu’il n’y a pas vraiment de discussion sur les fondamentaux de l’école. Avez-vous souhaité ranimer ce débat ?

Si vous parlez avec quelqu’un de la vie, il vous dira que quelque chose ne va pas. Certains ont une idée sur le pourquoi, d’autres pas, mais nous sentons tous que quelque chose ne tourne pas rond dans notre société.

Or la seule façon de changer le cours des choses, c’est de modifier le comportement des plus jeunes et leur éducation. Leur dire que peut-être ce n’est pas si important de gagner toujours plus d’argent. Aucun humain ne vient au monde avec cette idée stupide. Il veut vivre, être heureux, s’intéresse à tout : selon certaines statistiques, un enfant de 4 ans pose 400 questions par jour. Puis il arrive à l’école, et tout s’arrête ! En Allemagne ou en Autriche, de plus en plus de parents font pression sur les pouvoirs organisateurs et mettent leurs enfants dans des écoles à pédagogie alternative. Des mères célibataires se rassemblent pour s’occuper elles-mêmes de leurs enfants, sans l’école.

Pensez-vous que la seule solution soit de quitter l’école ? Ou celle-ci peut-elle encore être réformée ?

Il ne faut pas la réformer, mais bien la transformer, en réalisant que notre futur est dans la coopération et pas dans la confrontation. La compétition est peut-être positive dans le sport, mais pas ailleurs, pas entre les gens. C’est d’un nouveau pas dans l’évolution de l’humanité que nous avons besoin.

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Dans mon film intervient par exemple Arno Stern (lire le témoignage de son fils p.11), qui propose un atelier de peinture. Les enfants s’y exercent, respectent une discipline, mais peignent ce qu’ils veulent. Leurs dessins ne sortent jamais de l’atelier, sinon les parents feraient des commentaires, diraient que ce dessin est beau ou pas. Or ce n’est pas cela qui est important ! Ce qui compte c’est de trouver qui on est, sans jugement. Chacun a un don. Le travail d’un professeur, c’est d’aider son élève à le trouver, et le motiver dans ce sens.

Or vous constatez plutôt qu’aujourd’hui, c’est la peur qui s’est installée à l’école ?

Après 60 ans de croissance économique (et de mauvaise redistribution des richesses), nous vivons de plus en plus dans une société de la peur. A présent cette peur est entrée dans les écoles. Apprendre à lire, à écrire, à compter, acquérir des savoirs est formidable, et cela a constitué un grand progrès. Je ne suis pas du tout contre l’école, mais ce qui fait problème est l’esprit, la mentalité qu’il y a derrière : ce système ne produit plus des adultes heureux ! L’un des seuls personnages positifs de mon film, c’est Pablo Pineda. Alors qu’il est atteint du syndrome de Down, les gens qui l’entourent ont simplement cru en lui, sans lui mettre la pression, et il est à présent un diplôme universitaire heureux.

Mais notre système ne veut pas en réalité des gens libres et forts, il veut des gens qui font leur job sans poser de questions, il veut des consommateurs. Heureusement, nous pouvons apprendre de nos erreurs. Tout système arrive à sa fin, c’est un processus naturel, et notre système en est là. Nous sommes aujourd’hui à un croisement : si l’on prend le mauvais chemin, on fait en réalité demi-tour. Sinon, on avance ! Je sais que c’est possible, cela ne dépend que de nous.

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